Vue aérienne de champs verdoyants avec habitat diffus, maisons dispersées en campagne

Servitudes : ce qu’il faut savoir avant d’acheter ou de vendre à Aix-les-Bains

Autour du lac, entre les terrains enclavés, les accès partagés en pente et les parcelles issues de divisions anciennes, les questions de servitude reviennent souvent dans mes dossiers. C’est un sujet qui semble technique, mais qui peut avoir un vrai impact le jour où vous voulez vendre, ou pire, le jour où un voisin vous conteste un passage que vous pensiez acquis. Voici ce qu’il faut savoir.

Qu’est-ce qu’une servitude, concrètement

Le Code civil définit la servitude comme une charge imposée sur un terrain (le « fonds servant ») au profit d’un autre terrain appartenant à un propriétaire différent (le « fonds dominant »). Concrètement, c’est ce qui permet par exemple au propriétaire d’un terrain enclavé de passer sur le terrain voisin pour rejoindre la route. Trois conditions sont nécessaires pour qu’une servitude existe : deux terrains, deux propriétaires distincts, et un fonds mis au service de l’autre. Si les deux terrains se retrouvent un jour entre les mains du même propriétaire, la servitude s’éteint automatiquement.

Les principaux types de servitudes à connaître

Certaines servitudes sont prévues directement par la loi, d’autres résultent d’un accord entre propriétaires. Les plus fréquentes en pratique :

  • La servitude de passage : elle permet au propriétaire d’un terrain enclavé de traverser une propriété voisine pour accéder à la voie publique, en empruntant le trajet le plus court et le moins dommageable, moyennant une indemnité.
  • La servitude de vue : elle impose une distance minimale entre une ouverture (fenêtre, balcon) et la limite de propriété voisine : 1,90 m pour une vue droite, 0,60 m pour une vue oblique.
  • La servitude d’écoulement des eaux : un terrain en contrebas doit accepter l’écoulement naturel des eaux venant d’un terrain plus élevé, sans que le propriétaire du dessus puisse aggraver cet écoulement.
  • La servitude de tour d’échelle : elle autorise un passage ponctuel chez le voisin pour réaliser des travaux d’entretien impossibles à faire autrement.
  • La mitoyenneté : un mur, une clôture ou une haie construits sur la limite séparative peuvent appartenir en commun aux deux voisins, avec des droits et devoirs partagés.
  • La servitude non aedificandi : elle interdit toute construction sur une partie ou la totalité d’un terrain, au profit d’un fonds voisin, le plus souvent pour préserver une vue, un ensoleillement ou un dégagement. C’est une servitude conventionnelle (établie par accord entre propriétaires), à ne pas confondre avec les servitudes d’urbanisme du PLU : elle doit elle aussi être formalisée par acte notarié et publiée pour être opposable aux futurs propriétaires.
  • Les servitudes d’urbanisme : issues du PLU, elles limitent la hauteur ou l’implantation des constructions dans l’intérêt général, sans donner droit à indemnité dans la plupart des cas.

Les points de vigilance avant d’acheter

Une servitude peut être apparente, visible par un ouvrage extérieur (un portail, une allée, une canalisation), ou non apparente, sans aucun signe visible sur le terrain. C’est justement les servitudes non apparentes qui posent le plus de problèmes, parce qu’un acheteur peut parfaitement les ignorer au moment de la visite. Avant de signer, plusieurs réflexes sont utiles : demander l’acte de propriété et vérifier s’il mentionne une servitude, consulter l’état hypothécaire auprès du service de la publicité foncière, croiser avec le PLU pour les servitudes d’urbanisme, et ne pas hésiter à interroger directement les voisins sur l’usage réel du terrain (un passage emprunté depuis des années, même sans papier, peut signaler une servitude qui n’a jamais été formalisée). Inversement, un signe apparent (un portail, une allée, un passage visible) ne veut pas dire qu’une servitude existe juridiquement : ce n’est parfois qu’un simple usage toléré entre voisins, sans aucune existence légale tant qu’il n’a pas été formalisé par acte ou reconnu par la prescription trentenaire.

Un point de droit important : la jurisprudence considère qu’une servitude peut être opposable à un acheteur même si elle n’a pas été publiée, dès lors qu’il en connaissait l’existence par un autre moyen que l’acte lui-même (par exemple parce qu’elle était visible sur le terrain). Ce n’est donc pas parce qu’une servitude n’apparaît pas dans votre acte que vous en êtes automatiquement protégé.

Pourquoi régulariser une servitude qui n’existe pas officiellement

Il arrive régulièrement qu’un passage soit utilisé depuis des années entre voisins, par simple accord oral ou tolérance, sans jamais avoir été formalisé par un acte. Tant que la bonne entente dure, cela ne pose pas de problème visible. Mais ce type d’arrangement non écrit n’est pas opposable à un futur acquéreur : si vous vendez, ou si votre voisin vend, le nouveau propriétaire peut parfaitement refuser de continuer à tolérer ce passage, puisque rien ne l’y oblige juridiquement.

Pour qu’une servitude conventionnelle soit valable et opposable à tous les propriétaires futurs, elle doit être établie par acte notarié et publiée au service de la publicité foncière. C’est la seule façon de sécuriser durablement un accès ou un usage, plutôt que de dépendre de la bonne volonté d’un voisin. Il existe aussi la prescription trentenaire, qui permet de faire reconnaître une servitude après 30 ans d’usage continu, paisible et non contesté, mais elle ne concerne que certaines servitudes (continues et apparentes, comme une servitude de vue) et suppose d’apporter la preuve de cet usage, ce qui est loin d’être toujours simple.

Si vous vendez un bien où existe un tel accord non formalisé, régulariser la situation avant la mise en vente évite un blocage de dernière minute : un acquéreur ou son notaire peut légitimement demander des garanties sur l’accès au bien, et un désaccord découvert tardivement peut faire capoter une vente.

Le conseil de Laetitia

Si vous vendez un bien concerné par un passage ou un accès partagé qui n’a jamais été formalisé, je vous recommande de le régulariser chez le notaire avant de mettre le bien en vente, pas pendant la négociation : cela évite de découvrir un point de blocage au pire moment, et ça rassure immédiatement l’acquéreur. Et si vous achetez, posez la question de l’accès dès la visite, même quand tout semble évident sur place : ce qui va de soi aujourd’hui entre voisins ne l’est pas forcément pour le prochain propriétaire.

Cet article a un caractère informatif et ne remplace pas l’avis d’un notaire, seul habilité à établir ou vérifier une servitude de façon opposable aux tiers.